Hitlerjugend

Publié le par Mémoires de Guerre

La Hitlerjugend les Jeunesses hitlériennes, était le mouvement de jeunesse du parti national-socialiste dirigé par Adolf Hitler. Créée en 1926, cette organisation, seul mouvement de jeunesse autorisé dans le Troisième Reich à partir de décembre 1936, devint obligatoire pour tous les jeunes Allemands en 1939 et resta active jusqu'à la capitulation de l'Allemagne nazie en 1945. 

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Hitlerjugend
Historique

Origines

La première organisation des jeunes du Parti nazi est fondée le 13 mai 1922 à Munich sous le nom de Jungsturm Adolf Hitler, plus ou moins traduisible en français par « Jeune brigade d'assaut Adolf Hitler ». Elle est alors rattachée au Sturmabteilung et dirigée par Gustav Adolf Lenk. L'organisation est interdite en 1923, en même temps que le Parti nazi. Elle est refondée le 4 juillet 1926 lors du deuxième congrès du Parti nazi, sous le nom de Hitlerjugend.

Doctrine

La raison d'être des Jeunesses hitlériennes est la formation de futurs surhommes « aryens » et de soldats prêts à servir loyalement le Troisième Reich. Il s'agit de contourner les clauses très contraignantes du Traité de Versailles qui interdisent à l'Allemagne de posséder une armée puissante et de préparer une génération physiquement et mentalement apte à être, au plus tôt, lancée dans une guerre contre toutes les puissances ennemies du Reich. Dans les Jeunesses hitlériennes, l'entraînement physique et militaire passait bien avant l'instruction scolaire et scientifique. L'apprentissage comprenait le maniement des armes, le développement de la force physique, la stratégie militaire et un endoctrinement antisémite. Après la dissolution des organisations de scouts dans tous les Länder d'Allemagne, les Jeunesses hitlériennes s'approprièrent beaucoup de leurs activités, bien que les objectifs et le contenu ne soient pas les mêmes. La cruauté des plus grands envers les plus jeunes était tolérée, et même encouragée.

La philosophie du Parti nazi encourageait à éliminer les plus faibles et à s'endurcir. Les membres des Jeunesses hitlériennes portaient des uniformes comparables à ceux du Parti nazi et utilisaient un système de grades militaires similaires aux grades et insignes des Sturmabteilung. Beaucoup des activités proposées aux garçons ressemblaient à un entraînement militaire : ramper sous des fils barbelés, apprendre à plonger en mer depuis des sautoirs et apprendre comment lancer des grenades factices. Ils avaient un poignard fabriqué par la firme Zwilling J. A. Henckels, sur le plat de la lame duquel figurait l'inscription « Blut und Ehre ! », (sang et honneur). Le manche était orné de l'insigne nazi. Fixés par les directives de Von Schirach, les programmes à inculquer à la jeunesse étaient précis, se voulant l'armature idéologique de la nouvelle génération, et comportaient un certain nombre de thèmes centrés autour du Parti nazi, de Hitler, de l'Allemagne et du peuple allemand, et des directives pour les chants à entonner en chaque circonstance.

Structure
Encadrement

L'encadrement des Jeunesses hitlériennes était assuré par des adultes, souvent militants du Parti nazi au sein d'un corps d'armée. De plus, ces chefs d'escouades, à la pédagogie de sergent-instructeur exigent, au Führerprinzip une obéissance totale. Le gros des membres comprenait des garçons âgés de huit à dix-huit ans. Dès 1936, les Jeunesses hitlériennes devinrent officiellement une filière obligatoire pour tous les jeunes allemands. Le groupe servait aussi de base de recrutement pour des groupes paramilitaires du Parti nazi : la Schutzstaffel (SS) s'y intéressait particulièrement. Les membres des HJ étaient particulièrement fiers de se voir accorder la sieg rune (rune de la victoire), par les SS. Les SS utilisaient deux sieg runes accolées comme emblème, et cette récompense liait symboliquement les deux groupes.

Elles étaient organisées dans les villes et villages en cellules locales. Ces groupes se réunissaient chaque semaine : un dirigeant adulte y enseignait la doctrine nazie. Au niveau régional, les responsables organisaient des rassemblements et des manœuvres auxquels plusieurs cellules participaient. Le groupe national se réunissait en général une fois par an à Nuremberg, pour le rassemblement traditionnel du Parti nazi. Les Jeunesses hitlériennes avaient également créé des « académies » d'entraînement comparables aux lycées. De telles académies étaient considérées comme les bases de la relève du parti : seuls les élèves les plus dévoués et les plus radicaux pouvaient prétendre devenir de futurs dirigeants nazis. Quelques sections visaient à entraîner ceux de ses membres à devenir officier de la Wehrmacht. De tels groupes s'appliquaient à former le jeune disciple dans la spécialité qu'il espérait exercer en tant qu'officier. Ainsi, les Jeunesses hitlériennes de la Marine étaient la section la plus nombreuse et servaient d'auxiliaires à la Kriegsmarine pour le secours en mer.

Organisation et branches régionales

Dès juillet 1933, Schirach organisa les Jeunesses hitlériennes au moyen d'un système de classes d'âges :

  • Küken uniquement des fillettes de 8 à 10 ans, adhésion facultative ;
  • Les Deutsche Jungvolk appelés aussi Pimpfe (nom familier) , ou DJ (Jeunes allemands), regroupaient les garçons de dix à quatorze ans ;
  • Le Jungmädelbund, ou JM (Association des jeunes filles), était chargé de l'encadrement des filles de dix à quatorze ans ;
  • Le « véritable » Hitlerjugend s'occupait des jeunes gens de quatorze à dix-huit ans ;
  • Le Bund Deutscher Mädel (BDM) encadrait les jeunes filles de quatorze à dix-huit ans ; plus tard l'âge maximal des membres du BDM fut ramené à 17 ans.
  • Dès 1938, le BDM subit une modification de sa structure, et le BDM-Werk « Glaube und Schönheit » rassembla les jeunes filles de 17 à 21 ans.

Les quatre principales branches des HJ (Deutsches Jungvolk, Hitlerjugend, Jungmädel, Bund Deutscher Mädel), quoique comportant quelques variations minimes, étaient structurées de manière similaire. La direction de la Jeunesse du Reich (Reichsjugendführung (en)) avait organisé sur le territoire du Reich des directions régionales, représentant entre 20 et 42 Gebiete (pour les DJ ou les HJ), et autant d'Obergaue pour les JM et le BDM. Ces structures étaient elles-mêmes redécoupées de manière plus fine, jusqu'à des groupes d'une dizaine de membres, par lieu de résidence, désignés sous les termes de Jungenschaft (DJ), Kameradschaft (HJ véritable), Jungmädelschaft (JM) ou Mädelschaft+ (BDM).

Pour les niveaux Jungstamm/Stamm/… et inférieurs, chaque unité coordonnait les membres de quatre unités du niveau hiérarchique inférieur. Au niveau Bann/Untergau, l'organisation se faisait de manière géographique, chacune de ces unités présidant à quatre ou six unités du niveau inférieur, tandis que chaque Gebiet ou Obergau regroupait environ 20 Bannen ou Untergauen. Une unité du niveau Jungstamm/Stamm/… regroupait en moyenne environ 600 membres, un Bann ou un Untergau entre 2 400 et 3 600 membres. En 1934, le Reich était ainsi organisé en cinq Obergebiete et 19 Gebiete ou Obergaue. L'Anschluss de 1938 provoqua la création d'un sixième Obergebiet. En 1942, le nombre de Gebiete et d'Obergaue culmina à quarante-deux, dont quatre Befehlsstellen pour les pays occupés (Protectorat de Bohême-Moravie, Gouvernement général, Pays-Bas, ainsi qu'Osten pour l'Europe de l'Est et du Sud). Pour le territoire du Reich, les limites entre Gebiete suivaient grosso modo celles des Gauleitungen du Parti nazi.

Chefs des Hitlerjugend
Drapeaux et fanions

L'unité de base des Jeunesses hitlériennes était la Bann, l'équivalent d'un régiment militaire. On comptait plus de 300 de ces Banne, dispersées dans toute l'Allemagne, chacune d'entre elles comptant environ 6 000 jeunes. Chaque unité avait un drapeau avec un dessin pratiquement identique, mais chaque Bann était identifiée par son nom, inscrit en noir sur un ruban jaune, au-dessus de la tête de l'aigle. Ces drapeaux mesuraient 200 cm de long et 145 cm de haut. L'aigle au centre faisait référence à l'Empire allemand (aigle prussien). Il maintenait dans ses serres une épée blanche et un marteau noir. Ces symboles furent utilisés sur le premier drapeau officiel présenté aux Jeunesses hitlériennes, au Congrès national du NSDAP, en août 1929, à Nuremberg. L'épée était censée représenter le nationalisme alors que le marteau était le symbole du socialisme. Les mâts utilisés avec ces drapeaux étaient en bambou, surmontés d'une boule en fer blanc et d'une pointe.

Les drapeaux portés par les Gefolgschaft des HJ, l'équivalent d'une compagnie de 150 jeunes, montrait l'emblème utilisé par les groupes armés des HJ : trois bandes horizontales (rouge-blanc-rouge) au centre desquelles un carré blanc tenant sur un sommet et contenant une croix gammée noire en son sein. Le drapeau des Gefolgschaften mesurait 180 cm de long par 120 cm de hauteur avec chaque bande de 40 cm. Pour distinguer chaque Gefolgschaft et la branche des Jeunesses hitlériennes à laquelle elle appartenait, chaque drapeau comportait un petit bandeau coloré, en haut à gauche. Le bandeau était d'une couleur précise, propre à chaque unité. Par exemple, un bandeau bleu clair avec un numéro d'unité en blanc et une couture blanche était réservé pour les Unités volantes de la HJ (Flieger-HJ).

Embrigadement obligatoire

En 1923, l'organisation comptait un millier de membres. En 1925, le nombre de membres s'élevait à 5 000. Cinq ans plus tard, les Jeunesses hitlériennes dépassait les 25 000 sympathisants, et à l'arrivée des nazis au pouvoir en 1933, elles comptaient un effectif de 2 250 000 membres. Cette augmentation étant due en grande partie aux membres des autres organisations de jeunesse avec lesquelles les Jeunesses hitlériennes avaient fusionné (avec plus ou moins de consentement), incluant l'importante evangelische Jugend (600 000 membres à l'époque), l'organisation de jeunesse de l'Église protestante. En décembre 1936, l'effectif dépassa les cinq millions de membres. Le même mois, l'organisation devint la seule organisation de jeunesse autorisée dans laquelle toutes les autres devaient se fondre (Gesetz über die Hitlerjugend). 

Elle devint officiellement obligatoire en 1939 avec le Jugenddienstpflicht. L'appartenance pouvait même être proclamée contre l'avis des parents. À partir de là, la plupart des adolescents allemands furent incorporés dans les Jeunesses hitlériennes : dès 1940, l'organisation avait atteint un effectif de huit millions de membres. Plus tard, les statistiques de guerre sont difficiles à lire, dès le moment où l'on considère que la conscription obligatoire et l'appel à la lutte (chez des enfants à partir de 10 ans) signifie que pratiquement tous les jeunes allemands étaient, dans une certaine mesure, reliés aux Jeunesses hitlériennes.

Le gros de la « génération des Hitlerjugend » était né entre les années 1920 et 1930. Ils formèrent la génération adulte de l'après-guerre et des années 1970 et 1980. Il n'était donc pas rare pour les anciens dirigeants de la République démocratique allemande et de l'Allemagne de l'Ouest d'avoir eu un passé chez les Jeunesses hitlériennes. Du fait que l'organisation était devenue obligatoire dès 1936, il n'y eut pas de volonté de bannir les politiques qui avaient servi dans les Jeunesses hitlériennes, à partir du moment où l'on considérait qu'ils n'avaient pas eu le choix. L'exemple le plus patent fut celui de Manfred Rommel, fils d'Erwin Rommel, qui devint maire de Stuttgart en dépit du fait qu'il a fait partie des Jeunesses hitlériennes. Mais aussi, le ministre allemand des Affaires étrangères Hans-Dietrich Genscher, le philosophe Jürgen Habermas, et le Prince consort des Pays-Bas Claus von Amsberg. 

En outre, le 19 avril 2008, les médias annoncèrent que le pape de l'Église catholique romaine Benoît XVI (de son nom civil à la naissance Joseph Ratzinger) avait servi contre son gré dans les Jeunesses hitlériennes à l'âge de 14 ans. Cette information suscita une polémique selon laquelle une personne qui avait été liée d'une manière ou d'une autre au nazisme ne devrait pas devenir pape. Cependant, les faits révélèrent que Joseph Ratzinger ne partageait pas l'idéologie des nazis et qu'il s'en était dissocié rapidement. Cependant, rapidement, le caractère subversif des Jeunesses hitlériennes disparaît, et cette organisation devient impopulaire au sein même des groupes qu'elle est censée encadrer. En effet, comme pour le KdF, les membres des Jeunesses hitlériennes utilisent les infrastructures pour la satisfaction de leurs besoins et désirs ; les activités d'embrigadement, les veillées, le camping, pratiqué de manière militaire, et la collecte de dons sont particulièrement impopulaires.

Succès et impact sur la société

L'endoctrinement de la jeunesse, s'il se voulait totalitaire, rencontre des réserves au sein de la société allemande. Tout d'abord auprès du public que cette organisation est censée encadrer, puis au sein de la société dans son ensemble. Obligatoire à partir du décret Gesetz über die Hitlerjugend du 1er décembre 1936, l'organisation se transforme en structure bureaucratique, ce qui détourne beaucoup de jeunes de ses rangs. De plus, le caractère militaire de l'encadrement et des activités proposées jouent un rôle non négligeable dans la désaffection des jeunes à l'égard de l'organisation : dans le meilleur des cas, ils s'ennuient dans les veillées, ne participent pas aux défilés militaires.

En outre, l'application du Führerprinzip finit par éloigner de l'organisation un nombre de plus en plus croissant de jeunes : obéissance inconditionnelle aux ordres, même lorsqu'ils semblent absurdes, et châtiments sans appel semblent la règle et incitent de nombreux jeunes à se tenir à l'écart. Auprès de la population, les jeunesses hitlériennes jettent le trouble au sein des familles : séparés de leur famille, les enfants sont souvent utilisés comme informateurs par le NSDAP. Au sein de la société, lorsqu'ils sont en groupes, les membres sont souvent grossiers et sans gêne à l'encontre des gens qu'ils peuvent croiser. De plus, indisciplinés et jouissant d'une quasi-impunité de fait, les jeunes militants de la Hitlerjugend mènent à l'école une sourde résistance contre l'institution scolaire, ce qui suscite de fortes réserves dans le corps enseignant.

Les Jeunesses hitlériennes pendant la Seconde Guerre mondiale

En 1940, Artur Axmann prend la tête des Jeunesses hitlériennes pour transformer l'organisation en une force auxiliaire utile dans un contexte de guerre. Les Jeunesses hitlériennes assistent les pompiers et l'effort de reconstruction des villes lors des bombardements alliés. Elles accomplissent des missions dans le service postal, les chemins de fer, le service de radiodiffusion et servent dans les équipes de défense anti-aérienne. Vers 1943, les chefs nazis transforment les Jeunesses hitlériennes en une réserve militaire où ils puisent des troupes à la suite des pertes importantes et croissantes dues à la guerre. Ainsi la 12e Panzerdivision SS Hitlerjugend sous le commandement de Fritz Witt est entièrement composée de jeunes garçons entre seize et dix-huit ans. Cette division est déployée pendant la bataille de Normandie contre les forces canadiennes et britanniques au nord de Caen. Pendant les mois qui suivent, la division obtient une réputation de férocité et de fanatisme. 

Quand Fritz Witt est tué par l'artillerie alliée, le SS-Brigadeführer Kurt Meyer en prend le commandement et devient le plus jeune commandant de division à l'âge de 33 ans. Lors de l'invasion de l'Allemagne par les Alliés, la Wehrmacht recrute des membres des Jeunesses hitlériennes de plus en plus jeunes. En 1945, la Volkssturm engage dans des combats meurtriers et sans espoir des membres des Jeunesses hitlériennes à partir de douze ans. Pendant la bataille de Berlin, les Jeunesses hitlériennes constituent une part importante des forces allemandes et se battent avec fanatisme (Alfred Czech ayant même été le plus jeune soldat décoré par Adolf Hitler). Le commandant de la ville, le général Helmut Weidling ordonne à Artur Axmann de dissoudre les unités combattantes des Jeunesses hitlériennes, cet ordre n'est jamais appliqué à cause de la confusion de la bataille de Berlin.

Après-guerre

À l'issue de la Seconde Guerre mondiale, les Alliés ont dissous les Jeunesses hitlériennes comme partie intégrante du Parti nazi. Des membres des Jeunesses hitlériennes furent accusés de crime de guerre mais, dans la mesure où l'organisation était constituée de mineurs, les efforts pour faire aboutir les poursuites furent insignifiants. Bien que les Jeunesses hitlériennes ne fussent jamais déclarées « organisation criminelle », on considéra que l'encadrement adulte avait commis des crimes contre la paix en corrompant les jeunes esprits allemands. De nombreux cadres de haut niveau furent jugés par les Alliés, à l'instar de Baldur von Schirach condamné à vingt ans de prison.

Article Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jeunesses_hitl%C3%A9riennes

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Rassemblement des Jeunesses hitlériennes lors de la Journée du Parti national-socialiste en 1933 ; les membres effectuent le salut nazi et portent des drapeaux nazis

Rassemblement des Jeunesses hitlériennes lors de la Journée du Parti national-socialiste en 1933 ; les membres effectuent le salut nazi et portent des drapeaux nazis

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Pour aller plus loin

Les Jeunesses hitlériennes

Le Parti nazi a essayé d’étendre son influence sur tous les aspects de la société allemande. Les Jeunesses hitlériennes et La Ligue des jeunes filles allemandes deviennent des groupes de jeunes conçus pour initier les enfants et les adolescents à l’idéologie et à la politique nazies. Ils préparent également les jeunes Allemands à la guerre.

Points de repère

  1. Au cours des années 1930, l’État nazi supprime tous les autres mouvements de jeunes en Allemagne.
  2. En 1939, plus de 82 % des jeunes de 10 à 18 ans appartiennent aux Jeunesses hitlériennes ou à son équivalent féminin, La Ligue des jeunes filles allemandes.
  3. Tandis que les filles préparent leur avenir d’épouse et de mère, les garçons participent à l’entraînement militaire. Au cours des derniers mois désespérés de la guerre, les garçons à peine adolescents sont amenés à servir dans la défense civile allemande et dans la milice défensive appelée Volkssturm (Garde nationale).

Les Jeunesses hitlériennes (Hitlerjugend ou HJ) représentent le mouvement de jeunesse organisé par les nazis. Il est composé de différentes sections pour les garçons — nommée simplement les Jeunesses hitlériennes — et pour les filles, pour qui est créée La Ligue des jeunes filles allemandes (Bund Deutscher Mädel, BDM). À l'arrivée des nazis au pouvoir en janvier 1933, le mouvement des Jeunesses hitlériennes compte environ 100 000 membres. À la fin de la même année, le nombre d’adhérents passe à plus de 2 millions (30 % des jeunes Allemands âgés de 10 à 18 ans). Au cours des années suivantes, le régime nazi encourage les jeunes gens, et fait pression sur eux, pour qu’ils rejoignent les organisations des Jeunesses hitlériennes. L’enthousiasme, l'émulation et la coercition conduisent à une augmentation significative du nombre de membres. En 1937, il a atteint 5,4 millions (65 % des jeunes de 10 à 18 ans), puis 7,2 millions (82 %) en 1940. Fait notable, les Juifs ne sont pas autorisés à rejoindre ces organisations. Ils créent leurs propres groupes de jeunes en Allemagne dans les années 1930. 

Les mouvements de jeunesse avant la prise de pouvoir par les nazis

Le scoutisme et les mouvements de jeunesse étaient populaires en Allemagne depuis la fin du XIXe et le début du XXe siècle. Lorsque les nazis arrivent au pouvoir en 1933, il existe donc de nombreux groupes de jeunes, politiques, sociaux et religieux. Ils portent souvent l'uniforme des scouts. L’un de ces mouvements est la Jeunesse hitlérienne, affiliée au Parti nazi. À l’origine un groupe de jeunes nazis pour garçons, il a été conçu sur le modèle de son homologue adulte et paramilitaire nazi appelé SA (Sturmabteilung). Les Jeunesses hitlériennes sont ainsi le deuxième plus ancien organe paramilitaire du Parti nazi. 

L’organisation débute sous le nom de Ligue de la jeunesse du Parti nazi (Jugendbund der NSDAP) en mars 1922. Après la tentative des nazis de renverser le gouvernement allemand lors du Putsch de la brasserie en novembre 1923, celui-ci interdit temporairement les organisations nazies, incluant de fait la ligue des jeunes. Cependant, le groupe perdure secrètement, l'exemple le plus notable étant le Mouvement de la jeunesse de la Grande Allemagne (Großdeutscher Jugendbund), fondé en 1924. Après la levée de l’interdiction, l’organisation désormais officielle du Parti nazi prend le nom de Jeunesses hitlériennes, Ligue de la jeunesse ouvrière allemande (Hitler-Jugend, Bund deutscher Arbeiterjugend) en juillet 1926. Elle est officiellement incorporée à la SA. 

Organiser la jeunesse nazie

Au début des années 1930, alors que le Parti nazi gagne en popularité, il cherche à accroître son influence et sa portée auprès de la jeunesse allemande. Les Jeunesses hitlériennes s'agrandissent pour inclure les filles. En 1931, l’organisation compte quatre sections réparties par sexe et par âge : 

Par la suite, les nazis créent également une section volontaire de La Ligue des jeunes filles allemandes pour les jeunes femmes de 17 à 21 ans, appelée Foi et Beauté (Glaube und Schönheit).  En 1931, Baldur von Schirach prend la direction de l’ensemble du mouvement des Jeunesses hitlériennes, composé de ses quatre branches. En 1940, il devient le chef (Gauleiter) du Parti nazi de Vienne, mais il maintient un lien étroit avec le mouvement. Il est remplacé par Artur Axmann, 27 ans, un dirigeant de la Jeunesse hitlérienne. 

La nazification de la jeunesse allemande

Le rôle des Jeunesses hitlériennes dans le régime nazi

À partir de 1933, les Jeunesses hitlériennes et La Ligue des jeunes filles allemandes jouent un rôle important dans le nouveau régime nazi. C'est par l’intermédiaire de ces organisations que celui-ci prévoit d’endoctriner les jeunes, dans le cadre du processus de nazification de la société allemande. Le but est de démanteler les structures et traditions sociales existantes. Il s'agit donc, pour les groupes de jeunes nazis, d’imposer le conformisme. Dans toute l’Allemagne, ils portent les mêmes uniformes, chantent les mêmes chants nazis, participent aux mêmes activités. L’un des moyens utilisés est l’instrumentalisation du mouvement des Jeunesses hitlériennes pour dominer la vie de la jeunesse allemande.

L’appartenance à l’organisation représente un engagement en temps important. Ses membres doivent assister à des réunions et des manifestations régulières qui perturbent d’autres priorités, comme l’église et l’école. Ces obligations et cette exposition continue à l’idéologie nazie affaiblissent l’influence des parents, des enseignants, des personnalités religieuses et des autres figures d’autorité. En fait, les Jeunesses hitlériennes et La Ligue des jeunes filles allemandes encouragent même leurs membres à rapporter à leurs dirigeants ce qui se passe à l'école, à l'église et dans leurs familles. 

Consolider le mouvement de jeunesse

L’État nazi veut que les Jeunesses hitlériennes soient responsables de toute la jeunesse allemande et considère les autres mouvements de jeunesse comme une concurrence. Aussi, en 1933, les groupes politiques de jeunes sont rapidement absorbés ou supprimés, même si d'autres, apolitiques et religieux, perdurent pendant une large part des années 1930. Ces manœuvres d’absorption et de dissolution font partie d’un processus à l’échelle de la société appelé Gleichschaltung, ou « mise au pas ». En 1936, la loi concernant la jeunesse hitlérienne stipule : « Les Jeunesses hitlériennes englobent toute la jeunesse allemande sur le territoire du Reich. » Avec cette loi, le mouvement impose son autorité sur toutes les questions relatives à la jeunesse — autorité qui n'est cependant pas universellement respectée. En mars 1939, un nouveau décret ordonne à toutes les personnes âgées de 10 à 18 ans de rejoindre les Jeunesses hitlériennes. C'est à partir de ce moment qu'elles deviennent le seul mouvement de jeunesse légal dans l’Allemagne nazie. Le régime menace de punir ceux qui ne s’y conforment pas.

Préparer les jeunes pour l’avenir

Le Parti nazi considère la jeunesse comme le fondement d’un monde nouveau : elle est composée de futurs membres du parti, mères, et soldats. Les nazis la voient donc comme essentielle à la survie et à la santé de la Volksgemeinschaft (« la communauté du peuple »). Ils espèrent apprendre aux enfants à avoir une conscience raciale et une bonne forme physique afin de construire un nouvel avenir pour l’Allemagne. En tant que symbole de cet avenir, les Jeunesses hitlériennes sont souvent présentes aux défilés et aux rassemblements du Parti nazi, notamment ceux de Nuremberg qui ont lieu chaque année. Le film de Leni Riefenstahl, Le Triomphe de la volonté, montre Hitler s'adressant aux membres des Jeunesses hitlériennes puis les saluant lors du rassemblement de Nuremberg en 1934.

Les Jeunesses hitlériennes

Les Jeunesses hitlériennes sont une organisation paramilitaire conçue pour entraîner les garçons à devenir des combattants et des soldats au service de la cause nazie. En tant qu’organisation officielle de l’État nazi, leur structure militaire se décline aux niveaux local, régional et national. Les garçons pratiquent des exercices militaires et apprennent le maniement des armes. Ils travaillent également dans des fermes en été et participent à des épreuves sportives, notamment de boxe. Certains apprécient le défi physique, la compétition et la camaraderie. D’autres, en revanche, trouvent écrasante et aliénante la volonté constante de se préparer à la guerre et de se sacrifier pour la patrie. 

La Ligue des filles allemandes a pour but de préparer les jeunes filles à devenir épouses et mères. Elles participent également à des activités physiques comme la gymnastique. Les disciplines ont tendance à être collectives et synchronisées, plutôt que compétitives et individuelles, ces activités servant à démontrer l’intérêt de travailler ensemble. La Ligue forme les jeunes filles à s’occuper du foyer et de la famille. Elles acquièrent notamment les compétences qui feront d'elle de bonnes couturières, infirmières, cuisinières et ménagères.

Les jeunes dans l’opposition

L’État nazi tente de créer une culture homogène de la jeunesse par le biais de ses organisations des Jeunesses hitlériennes. Cependant, certains jeunes refusent d’y participer, qu'il s’agisse d’une déclaration politique ou religieuse, d'une opposition ancrée dans la rébellion adolescente, ou d’individualisme. Particulièrement fréquents dans les grandes villes, des groupes illégaux de jeunes rejettent la culture des Jeunesses hitlériennes. Ils ont tendance à ne pas aimer le conformisme et la militarisation. En général, ils s'habillent différemment et participent à des activités sociales moins structurées. Nombre de ces mouvements clandestins s’adressent à la fois aux filles et aux garçons.

Certains encouragent même des rôles de genre plus fluides que ne le permet la structure rigide des Jeunesses hitlériennes. Ces groupes de jeunes informels et alternatifs prennent chacun leurs propres caractéristiques : les Leipzig Meuten sont un mouvement antinazi d’inspiration communiste, les Pirates d’Edelweiss, rudes et tumultueux, se battent parfois avec des membres des Jeunesses hitlériennes. Quant aux Swing Kids (un groupe de jeunes alternatif surtout présent à Hambourg), ils dansent le swing et écoutent du jazz, se font pousser les cheveux et s’habillent à l’américaine ou à la britannique. Ces jeunes rebelles courent un risque réel d’être arrêtés par la Gestapo et emprisonnés dans des camps de concentration.

Mobiliser les jeunes pour la guerre

Au début du conflit en 1939, les jeunesses hitlériennes ont pu préparer toute une génération de jeunes gens à faire la guerre et à occuper des territoires étrangers. Ceux qui ont rejoint les Jeunesses hitlériennes au début de la décennie ont reçu une formation pratique et se voient inculquer les idées nazies. Ceux qui ont déjà dix-huit ans utilisent ces connaissances pour servir l’effort de guerre allemand. Ils travaillent comme soldats, policiers, secrétaires, infirmières et médecins. La nouvelle génération de membres des Jeunesses hitlériennes est encore trop jeune pour rejoindre l’armée et d’autres organisations nazies. Mais eux aussi ont un rôle à jouer dans la guerre. Les Jeunesses hitlériennes et La Ligue des filles allemandes participent aux activités de soutien liées au conflit, par exemple en organisant l’envoi de colis pour les troupes au front. Des garçons et des filles plus âgés sont même déployés dans certains des territoires annexés par l’Allemagne avant la guerre et à son commencement. Pour les nazis, les populations ethniques allemandes vivant en dehors des frontières de l’Allemagne d’avant-guerre doivent être re-germanisées. Les Jeunesses hitlériennes enseignent donc la langue et les traditions culturelles allemandes à ces communautés.

La fin de la guerre

Lorsqu’il devient évident que l’Allemagne nazie est en train de perdre la guerre, le régime se heurte à un manque de main-d’œuvre. Les raids aériens alliés anéantissent une grande partie des villes allemandes, ce qui crée des problèmes logistiques et aggrave la pénurie de logements et d’approvisionnement. Lors des raids, le régime utilise des adolescents pour faire fonctionner les fusils anti-aériens. Par la suite, les jeunes viennent également assister les civils déplacés par les destructions grâce à diverses activités de secours. Par exemple, les filles travaillent dans les soupes populaires, aident ceux qui n'ont plus de toit et servent d’aides-infirmières. En 1943, la Waffen-SS forme une division spéciale issue des Jeunesses hitlériennes composée de garçons nés en 1926 (qui ont donc 16 ou 17 ans).

Elle est d’abord déployée en France où elle commet plusieurs massacres, comme celui des prisonniers de guerre canadiens à l’abbaye d’Ardenne, ou les représailles meurtrières contre les Français connues sous le nom de massacre d’Ascq. La jeune division combat également les troupes alliées lors de la bataille de Normandie en France et celle des Ardennes en Belgique. Dans les derniers mois de la guerre, les hommes âgés de 16 à 60 ans sont incorporés à une nouvelle milice défensive appelée Volkssturm (littéralement, Assaut du peuple). Elle rejoint l’armée régulière lors des dernières batailles défensives contre les troupes alliées. Mal équipés et insuffisamment formés, des milliers de jeunes prennent part au combat et meurent pour l’effort de guerre allemand alors même que la défaite est devenue inévitable.

Après la guerre

Comme le Parti nazi, les Jeunesses hitlériennes et la Ligue des jeunes filles allemandes sont mis hors la loi après la guerre. Il n'empêche que des millions d'enfants et d'adolescents ont passé les années déterminantes de leur vie au sein des Jeunesses hitlériennes. Ces organisations ont donc une énorme influence sur la société allemande du XXe siècle.

Article Source : https://encyclopedia.ushmm.org/content/fr/article/hitler-youth-2

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