Sicherheitsdienst (SD)

Publié le par Mémoires de Guerre

Le Sicherheitsdienst, littéralement le « service de la sécurité », fut le service de renseignements de la SS. Le SD fut créé dès 1931 par Reinhard Heydrich, sous l'appellation service Ic. Officiellement dénommé SD en juillet 1932, son pouvoir augmenta avec celui des nazis sur l’Allemagne. Il était en compétition avec les SA qu’il aida à éliminer lors de la Nuit des Longs Couteaux, et en rivalité constante avec l’Abwehr, le service de contre-espionnage militaire dirigé par l'Amiral Wilhelm Canaris.

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Sicherheitsdienst

Sicherheitsdienst

Historique

Création

Le SD est créé en Allemagne en 1931 par Reinhard Heydrich, sur ordre de Heinrich Himmler, sous le nom de « ND » Nachrichtendienst (service de renseignement), comme un service à vocation policière parallèle, car rattaché au parti nazi, n'ayant donc aucun caractère légal. « Officiellement » dénommé « SD » en juillet 1932, son pouvoir augmente avec celui des nazis sur l’Allemagne. Par son lien avec la SS, il devient une organisation policière officielle après l'accession des nazis au pouvoir en janvier 1933. Il est en compétition avec les SA qu’il aide à éliminer lors de la nuit des Longs Couteaux au début de l'été 1934, et en rivalité constante avec l’Abwehr, le service du contre-espionnage militaire dirigé par l'amiral Wilhelm Canaris.

Fonctionnement

Lors de la prise du pouvoir, le 30 janvier 1933, le SD ne compte qu'une centaine de personnels actifs ainsi qu'une centaine de membres honorifiques : il n'y participe d'ailleurs quasiment pas (même l'extension du pouvoir du Reichsführer-SS — Himmler — aux polices régionales se fait sans son concours). Il ne peut donc pas faire ses preuves et est, par conséquent, complètement méprisé, mais il n'en demeure pas moins la seule organisation centralisée d'information dont dispose la direction du parti. Fin 1933, le SD voit son prestige complètement compromis, à tel point que, sur ordre de Hitler, Martin Bormann rédige une circulaire afin de mettre fin aux rumeurs selon lesquelles l'organisation allait être incessamment dissoute.

Le SD permet aux hauts dirigeants du parti, s'étant emparé des postes clés de l'État, de garder sous surveillance les « petits princes provinciaux » car le SD, précisément, n'a pas participé à la course au pouvoir. C'est pourquoi, en juin 1934, Rudolf Hess proclame le SD, seul service officiel d'information du parti nazi. Toute une génération de jeunes intellectuels nationaux-socialistes voulant « rendre le national-socialisme meilleur » (par exemple, Gunter d'Alquen) est attirée par l'aspect romanesque de la notion de service secret. Ils sont les descendants de la bourgeoisie ruinée, de formation juridique, élevés dans le mépris de la république de Weimar, prônant un régime spécifiquement allemand, dictatorial, où l'État est tout-puissant (l’État-Dieu). Cette génération est marquée par son antisémitisme qui, pour elle, est le sérum de la révolution économique.

Le SD est déclaré service de renseignements du Reich par un décret du 11 novembre 1938. Le décret de Rudolf Hess du 9 juin 1934, agissant en qualité de suppléant du Führer, a fait du SD le seul service de renseignement interne du NSDAP. Le décret prévoyait le transfert des autres services de renseignement du Parti dans les SD et prévoyait également la désignation : « […] Une fois le transfert effectué, le service de sécurité du Reichsführer-SS ne pourra plus disposer d’aucun service de renseignement ou de défense du Parti, même sous la forme d’une organisation de renseignements intérieurs à des fins de politique étrangère ». Dans une ordonnance du 14 décembre 1938, Heß a confirmé le monopole du renseignement : « Le service de sécurité du Reichsführer-SS est, par mon ordonnance du 9 juin 1934, le seul service politique de renseignement et de défense du NSDAP, de ses structures et de ses associations affiliées.

Le SD-RF-SS est donc un organe du parti. Le support organisationnel et humain de cet organisme est la SS, qui constitue la structure de la partie ». En 1935, la division a été faite en SD générales, qui a ensuite été occupé par des agents de la police de sécurité (SIPO) et le plus important SD d’information", qui a assuré la surveillance de la population. Les résultats ont été résumés dans les "Guides" et plus tard dans les rapports de l’Empire. À cette fin, le SD disposait de 52 sections SD (Leit), avec 51 bureaux principaux et 519 bureaux locaux (voir liste au-dessus du SD). En 1944, 6.482 membres du personnel du SD y travaillaient et plus de 30.000 personnes du V travaillaient. À l’automne 1938, le SD est devenu une institution d’État. Un décret du ministère de l’Intérieur du Reich du 11 novembre 1938 a déclaré : « Le service de sécurité du RFSS a des tâches importantes à remplir en tant qu’organisation de renseignement pour le parti et l’État - notamment pour soutenir la police de sécurité.

Le SD agit ainsi pour le compte de l’État. Cela nécessite une coopération étroite et compréhensive entre le SD et les autorités administratives de l’administration générale et interne ». En 1939, le SD est intégré au RSHA, au moment de la création de cette structure supérieure de coordination et de commandement des forces de police et de renseignement dans l'Allemagne nazie, placée sous les ordres de Heydrich, aux côtés de la Sipo, qui regroupe la Gestapo (pour Geheime Staatspolizei, la « police secrète d’État »), dirigée par Müller, et la Kripo (pour Kriminalpolizei, la « police criminelle »), avec à sa tête Artur Nebe. Dès lors, l’Amt III entre dans une logique de conflit permanent, cette fois avec la Gestapo qui entretient et développe son propre réseau d'informateurs, et qui détient en outre, contrairement au SD, le pouvoir d'interner tout opposant ou supposé tel.

En effet, seule la Gestapo, police d'État, dispose de pouvoirs exécutifs en matière de police. Le SD, organisation de parti, n'a que des pouvoirs d'auxiliaire de police avec des prérogatives pour mener des investigations et principalement des fonctions de renseignements. Ayant la tâche de détecter de réels ennemis potentiels du parti, le SD met en place des centaines d’agents et des milliers d’informateurs. Après l’attentat contre Hitler de juillet 1944, son pouvoir quasi absolu de terreur (d’État) ne devant des comptes qu'à Himmler et Hitler, est encore renforcé avec la prise de contrôle de l’Abwehr.

Organisation

L'organigramme ci-dessous montre comment s'organise le SD au sein du RSHA:

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Sicherheitsdienst (SD)
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À partir de son intégration au sein du RSHA, le SD ne compte plus que deux départements :

  • l’Amt III (SD-Inland), qui s'occupe, au sens large, du renseignement politique à l'intérieur du Reich, en exerçant l'espionnage et la surveillance de toutes les strates de la société allemande, sous la direction d’Ohlendorf, et dont le service central compte 500 à 600 hommes ;
  • et l’Amt VI (SD-Ausland), service de renseignement politique à l'étranger, d’abord dirigé par Jost puis par Schellenberg à compter de 1942, avec 300 à 500 agents.

Le bureau III (Amt III), plus connu sous le nom de « SD-Inland » était organisé en quatre départements, chacun subdivisé en plusieurs bureaux :

Section A (ordre légal et structure du Reich) :
  • A 1 Questions générales du travail dans les sphères de la vie en Allemagne.
  • A 2 Lois.
  • A 3 Constitution et administration.
  • A 4 Vie nationale en général.
  • A 5 Questions globales de règlement de police et toutes questions d’applications de la législation.
Section B (nationalité et ethnicité) :
  • B 1 Nationalité.
  • B 2 Minorités.
  • B 3 Ethnicité et santé.
  • B 4 Citoyenneté et naturalisation.
  • B 5 Territoires occupés.
  • Section C (culture) :
  • C 2 Éducation religieuse.
  • C 3 Culture, folklore et art.
  • C 4 Presse, littérature, radio, évaluation et censure.
Section D (économie) :
  • D a Presse.
  • D b Colonies.
  • D S Questions spéciales.
  • D W Régions occupées à l’ouest.
  • D O Régions occupées à l’est.
  • D 1 Alimentation.
  • D 2 Commerce, artisanat et transport.
  • D 3 Finance, monnaie, banques, assurances et changes.
  • D 4 Industrie et énergie.
  • D 5 Questions sociales et syndicales.
Le bureau VI (Amt VI), plus connu sous le nom de « SD-Ausland » était organisé en six départements, chacun subdivisé en plusieurs bureaux :
  • Section A (Organisation générale)
  • Section B (Europe occidentale)
  • Section C (Union Soviétique)
  • Section D (États-Unis)
  • Section E (Europe orientale)
  • Section F (Moyens techniques)

Uniformologie

Les agents du SD portaient sur leur uniforme, sur la partie inférieure de la manche gauche, un losange noir avec les lettres « S » et « D » brodées côte à côte. Contrairement aux agents d'autres branches qui arboraient les « runes SS », le numéro de l'unité (Allgemeine-SS) ou une tête de mort (Totenkopfverbande), les agents du SD avaient un écusson sur le côté droit du col qui ne comportait aucun signe distinctif.

Article Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Sicherheitsdienst

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Sicherheitsdienst (SD)

Pour aller plus loin

Le Sicherheitsdienst (SD)

Le SD (Sicherheitsdienst) est un service de renseignement du Parti nazi. Il fait partie de la SS (Schutzstaffel, escadrons de protection), organisation paramilitaire d’élite du Parti nazi, sous le contrôle de Heinrich Himmler. Au cours de l’ère nazie, le SD joue un rôle de plus en plus important dans la politique antijuive du régime. Il constitue notamment un élément clé des tristement célèbres Einsatzgruppen.
Points de repère

  1. Pendant la majeure partie de son existence, le SD est dirigé par Reinhard Heydrich, figure nazie importante dans l’histoire de la Shoah et étroitement associée à lui.
  2. Dans les années 1930, le chef des SS, Heinrich Himmler, et son adjoint, Reinhard Heydrich, prennent des mesures pour intégrer le SD à la police de sûreté (la Gestapo et la Kripo).
  3. Les unités de la police de sûreté et du SD, notamment les tristement célèbres Einsatzgruppen, commettent de nombreux crimes au cours de la Shoah.

Le Sicherheitsdienst (service de la sûreté), généralement appelé SD, était une agence de renseignement nazie, en activité de 1931 à 1945. Pendant la majeure partie de cette période, elle fut dirigée par Reinhard Heydrich. Cette organisation idéologiquement radicale s’avéra être l’un des principaux agents de la Shoah. Le SD était un sous-groupe des SS (Schutzstaffel, escadrons de protection), élite paramilitaire du Parti nazi dirigée par Heinrich Himmler. En tant que service de renseignement des SS, il était chargé de recueillir des informations sur les ennemis réels ou supposés du Parti. Ceux-ci comprenaient notamment les opposants politiques, les Juifs et les francs-maçons. Le SD devint pour le régime nazi l’une des principales sources de renseignements et de connaissances sur les Juifs. À ce titre, il proposa et expérimenta diverses méthodes pour résoudre la « question juive ».

Les premières années du SD, 1931–1933

Le chef des SS, Heinrich Himmler, créa officiellement le Sicherheitsdienst (SD) au cours de l’été 1931. Il plaça Reinhard Heydrich à sa tête. Ce fut sous le commandement de Heydrich que le service, jusqu’alors une petite organisation au budget limité, devint un acteur clé du régime nazi. Avant l’arrivée au pouvoir des Nazis en janvier 1933, le SD de Hedyrich était encore assez peu développé. Au milieu de l’année 1932, il comptait tout au plus 33 employés à temps plein. En fait, il n’était au départ qu’une des nombreuses organisations de renseignement nazies qui rivalisaient entre elles pour gagner en influence. 

Les premières équipes recueillirent tout ce qu’ils pouvaient sur les ennemis politiques du Parti nazi. En d’autres termes, ils espionnaient d’autres partis politiques et certains fonctionnaires en Allemagne. Mais ils recherchaient aussi des renseignements concernant les opposants d’Adolf Hitler au sein du mouvement et du Parti, alors en plein essor, s’efforçant notamment de collecter toute information sur ses nouveaux membres. En effet, les Nazis craignaient que l’afflux massif de sympathisants ne comprenne également des espions issus de la police et d’autres mouvances politiques. 

Le SD au cours des premières années du régime nazi, 1933–1936

Adolf Hitler fut nommé chancelier d’Allemagne en janvier 1933. Au début, le SD n’avait pas de rôle clair à jouer au sein du nouveau régime nazi. L’organisation resta peu développée et peu financée. Toutefois, cette situation commença à changer lorsque, le 9 juin 1934, le SD fut officiellement déclaré comme étant la seule agence de renseignement du Parti. Plus tard, au cours de ce même mois, Heydrich et d’autres dirigeants du SD jouèrent un rôle important dans la purge liée à Ernst Röhm. Cette série de meurtres perpétrés entre le 30 juin et le 2 juillet 1934 visait principalement les SA (Sturmabteilung), un autre groupe paramilitaire du Parti nazi. Les SA avaient été un élément loyal, radical et violent lors de la montée au pouvoir des Nazis. Mais en cet été 1934, sa culture et ses idéaux n’étaient plus au goût d’Hitler et du régime. Leur impulsivité brutale et leurs exigences de révolution sociale inquiétaient de nombreux Allemands. 

Himmler et Heydrich furent tous deux étroitement impliqués dans l’instigation, la préparation et la mise en œuvre de la purge. Jusque-là, le SD avait contribué à l’établissement de listes de personnes à assassiner. Heydrich participa personnellement à la supervision des événements à Berlin, tandis que d’autres officiers du SD se joignirent à la purge à Munich. Les meurtres démontrèrent la brutalité de Heydrich et de ses officiers du SD, ainsi que leur loyauté envers Hitler. Par la suite, le SD continua à monter en puissance. À la fin de l’année 1934, le SD comptait 850 employés à temps plein, soit près de vingt-six fois plus qu’à ses débuts. Les hommes qui rejoignaient le service étaient généralement jeunes, entre 20 et 40 ans, avaient reçu une bonne éducation et beaucoup avaient étudié le droit. Plus important encore, ces hommes étaient attachés aux idéaux nazis.

L’ascension d’Himmler, d’Heydrich et du SD 

Le SD monta en puissance au milieu et à la fin des années 1930, lorsque son créateur, Heinrich Himmler, s’éleva dans la hiérarchie nazie, tout comme son adjoint, Reinhard Heydrich, chef du SD. L’été 1936 fut un moment clé dans l’ascension de Himmler, alors chef des SS, section du Parti nazi, depuis 1929. C’est en juin 1936 qu’Hitler lui confia des responsabilités supplémentaires en le nommant chef de la police allemande. Ce poste gouvernemental le plaçait à la tête de toutes les forces de police allemandes. De ce fait, Himmler cumula deux postes importants, l’un parmi les cadres du Parti nazi et l’autre au sein du gouvernement. Fort de son nouveau rôle de chef des SS et de chef de la police allemande, Himmler commença à donner au SD une position plus puissante.

Fusion du SD et de la police de sûreté, 1936–1939 

En tant que chef des SS et chef de la police allemande, Himmler s’efforça de réaliser sa mission, à savoir associer les SS à la police allemande. Dans ce nouveau système formé par les SS et la police, il souhaitait que le SD s’unisse aux forces de police politique et criminelle allemandes pour s’en prendre aux ennemis de l’Allemagne. Au cours de la première moitié de l’année 1936, la police politique et la police criminelle restèrent cependant des entités distinctes. Pour atteindre ses objectifs, Himmler devait donc les centraliser et les unifier. C’est précisément ce qu’il fit en juin 1936. Il créa le bureau principal de la police de sûreté (Hauptamt Sicherheitspolizei, ou SiPo), composé de la Kripo (police criminelle) et de la Gestapo (police politique). 

Tout en mettant en place cette police de sûreté résultant de l’association entre la Kripo et la Gestapo, Himmler prit des mesures pour associer ces dernières avec le SD. En particulier, il nomma Heydrich à la tête de la police de sûreté. En d’autres termes, Heydrich devint responsable des deux entités à la fois, prenant le nouveau titre de chef de la police de sûreté et du SD. Comme Himmler, Heydrich occupait deux postes en parallèle et servait d’agent de liaison entre ces deux organisations. Himmler et Heydrich espéraient que le SD et la police de sûreté travailleraient ensemble. Toutefois, la structure du parti et du régime nazis rendait cette tâche assez difficile. Il s’agissait d’un nouveau système complexe dépendant de la création de postes doubles et assurant la liaison entre le Parti nazi et le gouvernement allemand. 

Comment le SD et la police de sûreté fonctionnèrent-ils dans l’Allemagne nazie ? 

Dans l’Allemagne nazie d’avant-guerre, le SD et la police de sûreté avaient des rôles distincts mais complémentaires. Ces rôles étaient dictés par leurs différentes positions au sein du régime et par la structure du gouvernement allemand. Le SD était une section du Parti nazi subordonnée aux SS. Il était chargé de développer les aspects théoriques du renseignement et de la sécurité. Fondamentalement, il s’agissait d’une organisation nazie. Ses officiers voyaient le monde à travers le prisme de l’idéologie nazie et les idées du régime influençaient toutes ses activités, y compris la structure de son système de renseignement. Le SD créa des services de renseignement distincts pour étudier les ennemis intérieurs supposés de l’Allemagne nazie. Ainsi, il existait des services consacrés aux Juifs, aux opposants marxistes de gauche, aux dissidents religieux tels que les Témoins de Jéhovah, aux opposants nationalistes de droite et aux francs-maçons. Mais en tant qu’organisation émanant du Parti nazi, le SD n’avait pas le pouvoir d’arrêter des ennemis potentiels dans l’Allemagne nazie. Ce pouvoir revenait au système de justice pénale allemand. 

Contrairement au SD, la police de sûreté était une organisation relevant de la fonction publique au sein du gouvernement. Elle était subordonnée au chef de la police allemande et au ministère de l’Intérieur. À la base, la police de sûreté était une organisation de maintien de l’ordre. Ses agents avaient généralement une formation policière, une connaissance des procédures bureaucratiques judiciaires et une certaine expérience en tant qu’enquêteurs. Plus important encore, la police de sûreté était investie du pouvoir d’une police, c'est-à-dire du pouvoir d’arrêter officiellement des individus. En théorie, la répartition des tâches entre les deux organisations voulait que le SD identifie ce qui constituait une menace et que la police de sûreté procède aux arrestations proprement dites. Dans la pratique, cependant, les tâches de la police de sûreté et du SD se chevauchaient assez largement. De ce fait, ils se livraient régulièrement à des luttes d’influence. Le rôle du SD au sein du régime nazi provoqua la répétition de tâches qui incombaient normalement à la police, telles que les enquêtes et la surveillance. En intégrant le SD dans l’équation, Himmler et Heydrich parvinrent au final à radicaliser et à nazifier les pratiques policières. 

Le SD et la police de sûreté ne travaillaient pas toujours en bonne intelligence en raison de la concurrence qu’ils se livraient. Pour tenter de remédier à ce problème, Heydrich créa des inspecteurs de la police de sûreté et du SD (Inspekteur der Sicherheitspolizei und des SD, ou IdS). Leur tâche consistait à superviser toutes les unités de la police de sûreté et du SD dans une région donnée de l’Allemagne nazie et à encourager leur coopération. En Allemagne même, le SD et la police de sûreté conservèrent toujours leurs responsabilités et fonctions distinctes. Toutefois, ces distinctions disparurent dans l’Europe occupée par les Allemands. Du point de vue des Nazis, il y avait peu de limites légales à ce que le SD et la police de sûreté pouvaient ou ne pouvaient pas faire dans les territoires occupés. Ce fut notamment le cas dans l’Europe de l’Est occupée par les Allemands. 

Le rôle du SD en matière de renseignement durant la guerre

La Seconde Guerre mondiale commença le 1er septembre 1939, avec l’invasion de la Pologne par l’Allemagne. Durant le conflit, le SD et la police de sûreté jouèrent un rôle crucial dans la protection de l’Allemagne contre ses ennemis supposés. Reconnaissant leur importance, Himmler créa l’Office central de la sûreté du Reich (Reichssicherheitshauptamt, ou RSHA) le 27 septembre 1939, fusion officielle de l’office central de la police de sûreté avec le SD. Heydrich dirigea le RSHA jusqu’à sa mort en juin 1942. Par la suite, un autre officier SS, Ernst Kaltenbrunner, en prit les rênes. Le SD continua à se développer pendant la guerre. En 1940, il comptait 4 300 employés à temps plein. En 1944, ce nombre passa à 6 482. À partir de 1941, il y eut deux bureaux du SD dans le RSHA : le bureau III du renseignement intérieur du SD (SD-Inland) et le bureau VI du renseignement extérieur du SD (SD-Ausland). 

Le renseignement intérieur du SD pendant la guerre

Pendant la guerre, le SD continua à recueillir des renseignements sur des ennemis potentiels dans l’Allemagne nazie. Le service du renseignement intérieur du SD (Bureau III du RSHA) compila également des rapports concernant l’état d’esprit de la population allemande dans son ensemble. Dans ces rapports étaient notés des éléments comme la réaction des civils aux pertes subies pendant la guerre et l’opinion qu’ils avaient d’Adolf Hitler et des autres dirigeants nazis. 

Le renseignement extérieur du SD pendant la guerre 

Pendant la guerre, le service du renseignement extérieur du SD (Bureau VI du RSHA) mit en place des réseaux de renseignement à l’étranger. Il opérait clandestinement sur le territoire des partenaires de l’Allemagne dans l’Axe. Il lui arrivait parfois de mener aussi sa propre politique étrangère, en concurrence avec le ministère allemand des Affaires étrangères. Le service de renseignement des forces armées allemandes (Amt Auslands/Abwehr), dirigé par l’amiral Wilhelm Canaris, constituait un autre rival du SD dans le domaine de la collecte et de l’analyse des renseignements hors des frontières. En février 1944, ce bureau fut intégré au RSHA sous le nom d’Amt Mil.

Le SD et la Shoah 

Les unités de la police de sûreté et du SD jouèrent un rôle important au cours de la Shoah. Dans de nombreuses régions de l’Europe occupée par les Allemands, ses dirigeants furent chargés de coordonner et de perpétrer des crimes effroyables. Par exemple, dans les Pays-Bas occupés, le commandant de la police de sûreté et du SD (Befehlshaber der Sicherheitspolizei und des SD) avait pour mission de déporter les Juifs néerlandais vers la mort. Les unités les plus tristement célèbres de la police de sûreté et du SD étaient les Einsatzgruppen (groupes d’actions spéciales, parfois appelés « escadrons de la mort » en français). Créés dès 1938, les Einsatzgruppen étaient des unités de la police de sûreté et du SD affectés aux territoires nouvellement conquis par les forces armées allemandes. Leur tâche consistait à mettre en œuvre diverses mesures de sécurité, notamment d’identifier et de neutraliser les ennemis potentiels du pouvoir allemand, de s’emparer des sites importants, d’empêcher les actes de sabotage, de recruter des collaborateurs et d’établir des réseaux de renseignement. Ces missions firent de ce groupe l’exécuteur brutal de la politique d’occupation nazie. 

Les Einsatzgruppen sont surtout connus pour avoir perpétré des massacres contre les Juifs après l’attaque allemande contre l’Union soviétique en juin 1941. Parmi les nombreux hommes du SD qui rejoignirent et dirigèrent les Einsatzgruppen, Otto Ohlendorf, chef du bureau intérieur du SD au sein du RSHA, commanda personnellement l’Einsatzgruppe D. Cette unité fut déployée dans le sud de l’Ukraine, en Crimée et dans le nord du Caucase. Le 2 janvier 1942, Otto Ohlendorf rapporta que son unité avait tué 17 645 Juifs entre le 16 novembre et le 15 décembre 1941, dans l’ouest de la Crimée. Selon ce même rapport, elle avait également abattu 2 504 Krimchaks (minorité juive de Crimée), 824 Roms et 212 communistes et partisans. Le rapport d’Otto Ohlendorf n’est qu’un exemple parmi d’autres des massacres perpétrés par le SD. On peut conclure que celui-ci porta une part de responsabilité dans le meurtre de millions de personnes.

Le procès du SD à Nuremberg

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, il était clair pour les puissances alliées que le SD était l’un des principaux responsables des crimes nazis. Le Tribunal militaire international de Nuremberg (TMI) statua qu’il s’agissait d’une organisation criminelle. Les crimes du SD furent bien documentés par le TMI et au cours d’autres procès d’après-guerre. La déclaration sous serment d’Otto Ohlendorf, officier supérieur du SD, est particulièrement remarquable. Il admit avec une franchise choquante que, sous sa direction, l’Einsatzgruppe D avait tué 90 000 civils, principalement des Juifs, dans l’est de l’Ukraine et en Crimée, en 1941 et 1942. Il fut ensuite jugé pour crimes contre l’humanité dans ce qu’on appelle souvent le procès des Einsatzgruppen. Il fut reconnu coupable et condamné à mort.

Article Source : https://encyclopedia.ushmm.org/content/fr/article/the-sicherheitsdienst-sd

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1946. Extrait de l'interrogatoire de Roland Nosek par les services spéciaux français en Allemagne - © SHD

1946. Extrait de l'interrogatoire de Roland Nosek par les services spéciaux français en Allemagne - © SHD

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Policiers et agents allemands en France occupée 

« La Gestapo » ! La police politique nazie résume souvent notre vision des agents allemands ayant opéré en France occupée. Les profils sont multiples et sortent parfois de nos représentations habituelles. Très peu de membres de la Gestapo sont envoyés en France occupée, où la répression relève de la responsabilité de l’administration militaire et de sa police de campagne, la Geheime Feldpolizei.

Une police militaire au service de la répression

Les membres de la Geheime Feldpolizei (GFP) sont pour partie des policiers de métier, issus en majorité de la police criminelle. C’est le cas d’Hermann Herold (voir diaporama) qui, de 1940 à 1944, opère en France occupée, à des postes de responsabilité. Né en 1891, il entre dans la police après sa démobilisation, en 1919. Il devient commissaire de police criminelle en 1924, à Stuttgart. De 1929 à 1935, il est le chef de la police criminelle à Heilbronn. Adhérent au NSDAP en 1937, il n’est pas membre de la SS. Au début de la guerre, on lui confie la direction d’une unité de la GFP devant opérer à l’Ouest. La victoire contre la France le mène jusqu’à Bordeaux, où il s’installe d’abord. En décembre 1940, il est nommé Leitender Feldpolizeidirektor auprès du district d’administration militaire C de Dijon (Besançon, Dijon, Nancy, Troyes). Il dirige alors l’action de plusieurs groupes régionaux de la GFP, qui est alors la principale police répressive de l’occupant.

Cette force est très largement transférée à la SIPO-SD lorsque celle-ci se voit confier les rênes de la répression en mai-juin 1942. Une vingtaine de groupes de la GFP, d’une centaine d’hommes chacun, changent d’uniforme et rejoignent la SIPOSD : il s’agit de ne pas perdre les compétences de policiers qui, depuis deux ans, travaillaient efficacement sur le terrain. Plusieurs cadres policiers dirigeants du Militärbefehlshaber sont également retenus par la SIPO-SD pour jouer un rôle dans son organigramme, parmi lesquels Herold qui devient, en juin 1942, le Kommandeur der SIPO-SD (KdS) à Poitiers, pour la région couvrant les départements de la Charente, de la Charente-Inférieure, des Deux-Sèvres, de la Vendée et de la Vienne. Il le restera jusqu’à l’évacuation des services allemands, à l’été 1944.

Des espions policiers

À la SIPO-SD, Herold travaille avec d’autres cadres issus cette fois du SD, le service de renseignement du parti. C’est l’autre profil marquant du groupe des policiers et agents allemands en France occupée. Roland Nosek (voir diaporama), âgé de 33 ans en 1940, qui, comme Herold, parle couramment le français, en est une illustration. Spécialiste du renseignement, c’est en 1939 le responsable du service VI de la SIPO-SD de Wiesbaden. En mai 1940, son chef, Max Thomas, lui demande de suivre les troupes allemandes dans leur progression à l’Ouest, afin d’étudier les possibilités d’une activité du SD dans les futurs territoires occupés. C’est sans doute le premier agent de la SIPO-SD qui arrive à Paris en juin 1940, avant même Helmut Knochen qui va prendre la direction du premier détachement de la SIPO-SD en France occupée, celui envoyé pour se renseigner et traquer les ennemis du Reich. Nosek est d’abord chargé de collecter des renseignements politiques sur la France, au sein d’une section VI-P.

Ces cadres du SD sont des hommes jeunes, majoritairement issus de la classe moyenne urbaine, diplômés dans 60 % des cas, surtout en droit, titulaires d’un doctorat pour un tiers d’entre eux, qui ont adhéré aux idées nationalistes, antirépublicaines, anticommunistes et antisémites durant leur cursus universitaire. C’est la défaite de 1918, et le puissant traumatisme d’une nation allemande qui a failli sombrer qui expliquent principalement leur « entrée en politique ». Idéologues et experts dans leur domaine, ce ne sont pas de simples administratifs du renseignement et de l’action policière. Ils doivent cibler les ennemis politiques du Reich, les « mettre en fiches », pour mieux les combattre. Leurs carrières, souvent rapides, alternent les fonctions exécutives de terrain et celles de direction dans les bureaux berlinois de l’administration centrale de la SIPO-SD.

Une police politique

Les membres de la Gestapo, la police politique du régime, sont choisis afin de disposer d’experts du travail policier et du droit pénal nazi. Juristes et fonctionnaires y sont en plus grand nombre. Toutefois, ces experts sont également marqués par une vision radicale, violente et idéologique du monde. Dans le premier détachement de la SIPO-SD en France occupée, Heinrich Müller, le chef de la Gestapo à Berlin, a placé Karl Boemelburg, un policier expérimenté, né en 1885, qui connaît bien ses homologues français et qui est un spécialiste de la question communiste. Mais les différents services de la SIPO-SD ne sont évidemment pas tous peuplés de cadres expérimentés. Le manque de personnel est évident et le recrutement doit composer avec les besoins en hommes de l’Allemagne. Ainsi, celui qui interrogea à Paris le général Delestraint puis Jean Moulin (voir « Mauvaise nouvelle » de France), Ernst Misselwitz, n’était pas un policier de métier mais un ouvrier de formation, ayant adhéré tôt au parti nazi, dès 1932, muté dans la GFP au moment de la guerre et envoyé en France parce qu’il en connaissait la langue. Il devint pourtant l’un des cadres du service IV E, celui d’Hans Kieffer, chargé de la répression de la « Résistance nationale ».

Ajoutons que le groupe des cadres de la Gestapo est en partie renouvelé fin 1943 par l’arrivée de fonctionnaires policiers sortant d’une expérience sur le front de l’Est. Le débarquement allié est devenu une évidence attendue et il s’agit pour Berlin d’y faire face en positionnant des hommes adeptes de méthodes plus radicales et violentes.

Note

L'interrogatoire de Roland Nosek est coté GR 28 P 7 68.

Article Source : https://www.defense.gouv.fr/chemins-memoire/histoire-memoires/ressources-historiques/seconde-guerre-mondiale/traquer-deporter-assassiner-19

Papiers du Sicherheitsdienst (SD) sur des agents français

Date : 1941 - 1944

Contenu :

Dossier 1. Dossiers sur les agents français en Allemagne trahis par le commissaire de police Louit avant 1940

  • a : Milan Braida-Anna Pawlinska (née en 1886) ;
  • b : Theresa Irxmayer (née en 1902 à Konigsberg)
  • c : Martin Fuchs, attaché de presse à l'ambassade d'Autriche (né en 1903 à Vienne) ;
  • d : Madame Jacobson ;
  • e : Zuckermann épouse Wasemann (né en 1904 à Vienne) ;
  • f : Chakresi Constatin (né en 1891 en Albanie) ;
  • g : Sohe [?]}, Iréna (né en 1914 à Berlin).

Dossier 2. Agents français trahis par Eggenberger :

  • a : Gartsch (né en 1905 à Sopron) ;
  • b : Adler Hans (né en 1904 à Halle) ;
  • c : Kalb Roland (né en 1916) ;
  • d : Taschi Louis Max Carlen
  • e : Léo Kaufmann (né en 1915 à Nuremberg) ;
  • f : Roets René (né en 1913 à Bordeaux) et Daehler Anita.

Dossier 3. Jacques de Roizan.

Dossier 4. Hans Mussig, Brisswalte (né en 1904 à Mannheim).

Cote : F/7/15147

Inventaire d'archives : Intérieur. Archives du Sicherheitsdienst en France (1942-1944)

Article Source : https://francearchives.gouv.fr/fr/facomponent/a24613649b81143c28588a8795710c411a88b9fe/

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