Bastien-Thiry Jean-Marie

Publié le par Roger Cousin

Bastien-Thiry Jean-Marie Jean-Marie Bastien-Thiry, dit Jean Bastien-Thiry, né le 19 octobre 1927 à Lunéville, fusillé le 11 mars 1963 au fort d'Ivry, était un ingénieur militaire français, lieutenant-colonel de l'armée de l'air, qui organisa en 1962 l'attentat du Petit-Clamart dans le but d'assassiner général de Gaulle, alors président de la République. Aîné des sept enfants d'une famille de tradition militaire – son père, fervent gaulliste, est lieutenant-colonel d'artillerie et son grand-père a servi comme capitaine de cavalerie –, Jean-Marie Bastien-Thiry étudie à Nancy puis au Lycée privé Sainte-Geneviève avant d'être reçu en 1947 à l'École polytechnique ; diplômé de Supaéro, il choisit d'entrer dans le corps des ingénieurs de l'armement et se spécialise dans les engins air-air ; il devint ingénieur militaire principal de l'Air en 1957. De son mariage avec Geneviève Lamirand, fille d'un ancien secrétaire général à la Jeunesse dans le Gouvernement de Vichy (Georges Lamirand de septembre 1940 à mars 1943), il a bientôt trois filles : Hélène, née en 1955, Odile, en 1957 et Agnès, en 1960.

Partisan de l'Algérie française, il perçoit la séparation d'avec l'Algérie comme « plus grave encore que celle d'avec l'Alsace-Lorraine ». Mais c'est pour tenter de mettre fin à ce qu'il voit comme l'immobilisme de la France face à la persécution des harkis et des français d'Algérie qu'il organise contre le général de Gaulle l'attentat du Petit-Clamart le 22 août 1962. Il estimait trouver dans les propos de Saint Thomas d'Aquin – sur la légitimité que peut avoir dans certains cas le régicide – la conciliation entre son projet et sa religion catholique. Extrait de sa déclaration lors de son procès : « [...] nous étions sincèrement partisans de l'Algérie française, [...] mais nous concevions qu'il y eût d'autres solutions pour l'avenir algérien, solutions pouvant être défendues de façon honnête et sincère ; l'impératif absolu, [...] étant [...] de faire respecter la vie, la liberté et les biens des millions de Français de souche et de Français musulmans vivant sur cette terre. »

Arrêté en septembre 1962 à son retour d’une mission scientifique en Grande-Bretagne, il est inculpé devant la Cour militaire de justice présidée par le général Roger Gardet. Son procès se déroule du 28 janvier au 4 mars 1963 au Fort de Vincennes. Son avocat est maître Jacques Isorni. Il est condamné à mort en tant que commanditaire de cette tentative d'assassinat, tout comme les tireurs du commando. Il est déchu de son titre de chevalier de la Légion d'Honneur et emprisonné à la prison de Fresnes au quartier des condamnés à mort. Les deux tireurs obtiennent la grâce du président de la République, mais le général de Gaulle refuse celle du colonel Bastien-Thiry, décision qu'il explique par quatre raisons : Bastien-Thiry a fait tirer sur une voiture occupée par une femme, mis en danger de mort des innocents, dont trois enfants, se trouvant dans la voiture circulant sur l'autre voie et placée sur la trajectoire des coups de feux, il a payé des étrangers à l'affaire pour tuer le chef de l'État, et, contrairement aux autres membres du commando, il n'a pas pris de risques directs : « le moins que l'on puisse dire est qu'il n'était pas au centre de l'action » dit-il.

Suivant les règles des condamnations à mort par la Cour militaire, le colonel Jean Bastien-Thiry fut fusillé devant un peloton d'exécution au fort d'Ivry le 11 mars 1963 à 6 h 39, une semaine après que le verdict fut rendu. Ce sera le dernier condamné à mort par une cour militaire, et donc le dernier à être fusillé en France. Son corps fut enfoui dans le carré des suppliciés du cimetière parisien de Thiais. Xavier Lenormand écrit dans son ouvrage sur Bourg-la-Reine qu'il fut inhumé dans le cimetière de cette ville le samedi saint suivant son exécution ou sa tombe est surmontée d'un drapeau tricolore. Une considération médicale aurait néanmoins pu obtenir cette grâce : Bastien-Thiry aurait « séjourné plusieurs mois dans une maison de santé pour « dérangement intellectuel », « nervosité excessive », « manque d'équilibre dû à une grande fatigue » » ; mais par décision du condamné, la demande de recours en grâce n'en fit pas état. D'ailleurs l'expertise psychiatrique menée peu après son arrestation avait conclu « Il n'existe pas de tendances dépressives, même liées à sa situation actuelle.[...] Il n'est absolument pas un passionné, au sens psychiatrique du terme, ni un exalté. »

Déclarations au procès

  • « Il n'y a pas de sens de l'Histoire, il n'y a pas de vent de l'Histoire car ce qui fait l'Histoire, selon notre conception occidentale et chrétienne qui est vérifiée par tous les faits historiques, c'est la volonté des hommes, c'est l'intelligence des hommes, ce sont leurs passions, bonnes ou mauvaises. »
  • « Nous n’avons pas à nous justifier, devant votre juridiction, d’avoir accompli l’un des devoirs les plus sacrés de l’homme, le devoir de défendre des victimes d’une politique barbare et insensée. »
  • « Devant l'Histoire, devant nos concitoyens et devant nos enfants, nous proclamons notre innocence, car nous n'avons fait que mettre en pratique la grande et éternelle loi de solidarité entre les hommes. »

Publié dans Militaires

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